La tradition du 3 janvier

par Louis-Philippe Dechesne-Cadieux
Louis@viruslatte.net

      Une tradition chez VirusLatte consiste en une partie de Texas hold’em le 3 janvier.

      Pour cet évènement, les quatres as de Virus Latte se rejoignent, dans le plus grand secret de leurs femmes et enfants, au faîte d’une ancienne cathédrale rongée par le lichen et la mousse végétale.

      On raconte que, dans ce repère mystique, une nuit de pleine lune, quatre aventuriers, respectivement Bes, Dyran, Topipé et Péhel (ce n'est pas nous), las de se reposer, organisèrent une partie de Poker improvisée. Ils prirent une pierre tombale de pur granite dans le cimetière non loin de là et l’installèrent sous la plus grosse cloche, en guise de table. Puis, ils se placèrent tout autours.

      Ils déposèrent leur argent, des pièces d’or d’une valeur inestimable, l’une par dessus l’autre, comme des tours servant à rejoindre le Ciel.

      C’était à Péhel de commencer. Il devait mettre le Small blind, la première mise. Il mit une pièce. Puis, ce fut au tour de Bes qui mit le Big blind, le double du Small blind, soit deux pièces.

      Les mises étaient en place, le jeu pouvait commencer.

      Topipé fit la première distribution de cartes. Il commença par Péhel, puis Bes, suivi par Dyran et finalement lui-même. Il fit cette distribution une seconde fois afin que chaque joueur soit en possession de deux cartes. Chacun regardèrent leurs cartes. Ce fut probablement la distribution la plus exceptionnelle de l’histoire du Poker. En effet, chacun des joueurs étaient en possession d’un As et d’un Roi, et, comble du hasard, de la même couleur. Péhel avait les Coeurs, Bes les Trèfles, Dyran les Piques et Topipé les Carreaux.

      Bien sur, avec une main pareille, il faut jouer. Dyran embarqua et misa deux pièces, Topipé également. Puis, Péhel ajouta une pièce pour égaliser la mise. Bes aurait très bien pu augmenter la mise mais il savait que ce serait vu comme un bluff. Il calla les cartes.

      Alors, d’une main agile, Topipé prit la première carte du paquet et la brûla, comme il se doit. Pour faire plus dramatique, il prit une allumette et la brûla réellement. Ce fut un spectacle grandiose, mes amis. Quand la carte fut réduite en cendres, il sortit les trois première cartes, face vers le bas et, d’un mouvement assuré, retourna cesdites cartes et les étala l’une à la suite de l’autre.

      On aurait dit un miracle. En effet, il y avait trois Dix sur la table, soit le Dix de Trèfle, de Pique et de Coeur. Péhel avait l’intuition que la partie serait en sa faveur et misa vingt pièces. Bes suivi, de même que Dyran. Topipe se sentait un peu délaissé par le hasard mais misa quand même pour tenter le sort.

      Il y avait donc quatre-ving-huit pièces d’or dans le pot.

      Topipé brûla encore une carte, de la même manière que précédemment, et retourna une autre carte, la turn. Ce fut un valet de coeur.

      Péhel sentait son coeur battre. En effet, son Coeur allait peut-être le faire gagner, à condition que son coeur ne le lâche pas. Il lui fallait absolument une Dame de Coeur, cette femme de coeur avec qui il pourrait vaincre. Il lui semble qu’il lui aurait donné son coeur, ou, au mieux son Roi de Coeur.

      Le ciel s’obscurcit à l’instant de ces pensées. Les nuages se firent menaçants et la vent se leva. Une douce brise de fraîcheur secoua son esprit et il fut allumé d’un instinct plus grand que d’ordinnaire. Il savait. Il voyait la carte, cette Dame de Coeur qu’il attendait avec anxiété, dans le fin fond de son inspiration. C’était l’accomplissement d’une vie, d’échecs redoutables, de joies et de souffrances, d’introspections interminables et de délectations suprêmes.

      Il misa cent pièces d’or. D’un mouvement lent, mais sans pitié. Presque arrogant. Subtile et calculé. Déstabilisant. D’allure de bluff.

      Bes suivit sans hésitation, croyant au bluff, suivi par Dyran. Topipé voulut faire son show off et misa deux cents pièces d’or, aux yeux hébahis de ses compères. Péhel, Bes et Dyran, persuadés de leur supériorité, ajoutèrent donc cent pièces d’or chacun.

      Il y avait donc huit cent quatre-ving-huit pièces d’or dans le pot.

      La dernière carte restait à venir. Topipé brûla la carte du dessus du paquet. Puis il retourna la dernière carte, la river.

Dame de Coeur.

      Péhel se mordilla les lèvres. Il n’en croyait tout simplement pas. Il avait voulu cette carte, il l’avait eue. À cet instant, un rayon de lumière sortit du ciel entre deux nuages et éclaira la table. Ce rayon éclairait sa décision. Il prit tout l’or qu’il avait et le plaça au centre de la table. All-in comme on dit. Il y avait cinq cent ving-et-une pièces d’or. Bess suivi avec ce qu’il avait soit quatre cent douze pièces, puis Dyran mit cinq cent deux et finalement Topipé, quinze pièces.

      Il y avait donc deux mille trois cent trente-huit pièces d’or.

      Péhel montra ses cartes. Royal flush de Coeur. Les autres ne purent faire mieux que des flush. Il empocha les deux milles trois cent trente-huit pièces d’or, se leva et s’en alla.

      C’est ainsi que fut prise la décision d’organiser un tournoi de Poker dans ce lieux mytique, en l’honneur de Péhel.

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