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Moi quand je marche j’avance, attention!
par Bryan Chalifoux |
Depuis que le monde est monde, quand je marche, moi, j’avance. Ce n’est pas pour rien que je me suis rendu jusqu’à vous. Vous savez, la vie, ce n’est pas facile, mais quand on a un ami, comme j’ai un ami, c’est facile. Je ne peux plus être arrêté. Bien souvent dans la vie, on m’a imposé des lumières rouges, mais elles se sont toujours transformées en lumières vertes. L’important c’est de s’arrêter deux secondes et se demander : est-ce vraiment là que je veux aller. Ensuite, je regarde à gauche, à droite, puis je continue. Souvent, sur le trottoir, j’ai été ralenti par des piétons qui n’allaient pas vite.
Tu sais l’ami, la drogue et l’alcool, vont te ralentir. En prison, je l’ai compris. Tu ne peux pas aller très loin quand tu tournes en rond. Ainsi, font, font, font les siphons. Attention!
Mais aussi, l’ami, tu sais, j’ai beaucoup appris, en passant mes nuits dans les bars. J’ai appris, que Gilles Simard, chansonnier au bar Chez Pierre Latuque, est désagréable quand il boit. Ça m’a fait réaliser que c’est comme un ours qui n’a pas assez hiberné l’hiver, ou une marionnette vivante (elle réalise pleinement qu’elle a une main dans le cul). Attention!
L’ami, toi et moi, tu sais, on pourrait aller loin. On est de la même branche. Comme les deux doigts de la main. Attention!
Aussi, l’ami, on pourrait se faire bloquer la route, toi et moi, mais les obstacles ne nous arrêteront pas. C’est comme quand tu marches sur une belle route, bien pavée, et il y aurait tout à coup des petits débris, pis tu piles sur une cannette de Bud Light pleine de botches, tu te foules la cheville, mais t’es un tuff, tu continues, car tu sais que tu peux t’appuyer sur l’ami. Attention!
Tu sais, l’ami, J’ai moi aussi souffert dans la vie. Attention!
Mais surtout, l’ami, dis-toi, que je suis là, la nuit, à te regarder. Voir ta poitrine se mouver selon les rythmes de ta respiration. Le doux tremblement de tes jambes, alors que tu rêves à une cueillette des fraises, des belles fraises, des bonnes fraises, des fraises de Sherge. Je te regarde et je pense que je pourrais facilement arrêter ta respiration avec mes mains, en les apposant sur ton cou frêle et démuni, sentir ton souffle me quitter, et ta peau devenir glaciale. L’excitation monte en moi, en ce moment même, mais je dois me rappeler que mon agent de probation n’est pas loin. Ce sera pour une prochaine fois, l’ami. Attention.
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