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par Sébastien Trudel
seb@viruslatte.net

      J’ai appris ce que c’était que d’être un homme à l’âge de dix ans. Pour un enfant, tout comme pour un adulte j’imagine, la vie d’esclave est difficile. C’est ainsi que j’ai été vendu à un clan de pilleur nomade au beau milieu du désert. Aussi loin que j’arrive à me souvenir, j’ai toujours été esclave. Plus jeune c’était facile, je posais pour des pubs en Europe. Puis, mère a été vendue à un sultan qui nous a emmener en Afrique. On a ensuite été vendu à un homme dans la quarantaine. Un Montréalais, qui foutais je ne sais quoi en Égypte. Puis, il m’a échangé contre des trucs, partant avec mère. Je ne l’ai plus jamais revue.

      Vendu à une tribu guerrière nomade, je savais que si je ne réussissais pas à m’enfuir, mes jours étaient comptés. Une nuit, alors que la tribu était endormie, j’entendis le hurlement strident des guets qui annonçait l’attaque de l’ennemie. Je me suis caché sous un tapis, et j’ai vu tous ces hommes se faire massacrer par une espèce de momie pharaonique. Je ne sais trop pourquoi, mais elle m’a laissé la vie sauve.

      Une fois la fureur passée, tout les nomades étaient mort, même les femmes et les enfants. Les seules choses vivantes au milieu des dunes étaient moi et un chameau blessé. J’ai parcouru le campement à la recherche de nourriture et d’eau. Il n’en restait presque plus, et je ne connaissais pourtant pas les emplacements des oasis. Étant de nature douce, j’ai partagé mes vivres avec le chameau.

      J’ai parcouru l’Égypte à dos de chameau. J’ai été pris de graves hallucinations pendant mon trajet, surtout à cause du manque de provision et du soleil, trop plombant pour un simple enfant. Dans chacun de mes rêves, ma mère me quittait. De jour en jour, la version se modifiait un peu. Au début, c’était plus proche de la réalité, puis la version s’empirait, jusqu’à l’abandon volontaire. Lentement, je sentais la mort s’approcher. À chacun des moments où je croyais que j’allais m’évanouir, et chuter du chameau, il me réveillait avec un léger coup de tête. Arrivé à un port, un homme m’approcha afin de me proposer un passage vers l’Europe en échange de mon chameau. Je refuse catégoriquement, puisque ce chameau m’a sauvé la vie.

      Après avoir été nourri par des villageois généreux, j’ai emmené le chameau hors de la ville afin de le relâcher. C’est à ce moment qu’une connasse arriva en hurlant « miam miam! », et elle enfonça un couteau dans mon chameau. Je l’ai tué cette salope. Heureusement, j’ai découvert un nécrophile qui m’a offert 200 $ US pour le corps de la femme. J’ai accepté. Avec l’argent, j’ai offert un enterrement décent pour mon chameau, puis, avec les sous qui restaient, j’ai pris le bateau en direction de l’Europe.

      J’ai fait escale au Maroc, puis en Sicile, avant de descendre en Calabria, en Italie. J’ai découvert la grande gastronomie à cet endroit, une sorte de grilled cheese frit avec de la panure. Juste en me rappelant l’image, le goût et l’arome subtile de ce met me fait couler l’eau à la bouche. J’ai ensuite fait du pouce vers le Nord. J’ai fait escale à Rome, où j’ai découvert les revues de pornographie. J’ai rapidement compris que les femmes n’étaient que de vulgaires objets sexuels qui se promène à moitié nues. J’ai visité le Colisée où l’on m’expliqua qu’autrefois, des hommes combattaient ici, afin de divertir les foules. Il y avait même des occasions où le bassin était rempli d’eau et les gladiateurs combattaient des bêtes. Cela m’inspira le plus grand respect.

      Je fis ensuite escale à Florence. Vraiment un endroit banal. J’ai vu la statue de David, par Michel-Ange… Vraiment, l’homme qui ne cessait de me vanter cette statue n’est qu’un homosexuel. C’est un homme nu. C’est dégradant. Un homme doit être habillé, afin de montrer son statue social; c’est les femmes qui doivent être nues afin d’exciter les hommes. C’est d’ailleurs leur unique moyen de survie, la danse nue.

      J’arrive enfin à Bruxelle, où je rencontre le roi de Belgique, qui décide de m’anoblir. J’ai toujours caché ce détail, car les Belges sont pour les Français, comme les Niewfies pour les Canadiens. J’ai acquiéri une certaine richesse en travaillant comme auteur à la court royale. J’avais alors treize ans. J’ai écrit la quasi intégralité de la littérature Belge, ayant comme seul rival valable Jean-Pierre Verheggen. Je n’ai cependant pas eu le privilège, comme lui, de lire un dictionnaire aux chiottes dans mon enfance… Je cherchais à survivre.

      J’ai ensuite pris l’avion en direction de Montréal, afin de retrouver l’enfouaré qui m’a enlevé ma mère. Je sais qu’il reviendra, il ne suffit que d’être patient. Si seulement j’arrivais à me souvenir de son nom… Je ne me rappelle même plus à quoi il ressemble. Tout ce que je me rappelle, c’est qu’il adore la Heineken. C’est pourquoi je me suis inscrit sur tout les 3974 forums montréalais dédiés à ce breuvage. Je le retrouverai. Même si ça doit me prendre cinquante ans.

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