L'illumination dans ma vie

par Randy Roxx
randy@viruslatte.net

      Pour un homme d'action, passer le temps des fêtes seul à Montréal peut s'avérer un moment difficile, déprimant et ennuyant. J'ai passé le soir du 24 décembre seul, si j'avais été le même homme qu'avant, j'aurais sûrement fait appel au service d'escortes Sexy Suzy just for you, comme j'en avais l'habitude dans mes années où ma conscience morale était encore à un stade immature. Mais j'ai décidé de rester sage en cette journée de naissance du Christ. Par contre, la journée du Nouvel An... je me suis saoulé... saoulé comme un sal défoncé, je n'avais pas bu comme cela depuis que j'avais 23 ans et que je pouvais sortir toute la nuit, me saouler... dormir, et me saouler à nouveau le lendemain... toute la semaine. J'étais seul, je le sentais, et la peur de rester seul durant l'éternité de ma vie éternelle me hantait. J'ai réfléchi toute la nuit. Je me suis endormi. Je me suis réveillé. J'ai bu. Je me suis remis à réfléchir. Je me suis endormi. Cette routine s'est répétée la semaine entière. Suite à cette grande semaine de méditation, j'en suis arrivé à la conclusion que si je voulais profiter pleinement de ma nouvelle vie éternelle, je devais avant tout exterminer les démons et les peurs de mon ancienne vie, combattre les échecs de mon ancienne vie.

      J'ai donc été me réinscrire à l'UQAM pour pouvoir achever ce Baccalauréat en histoire, que j'avais commencé quelques années plus tôt, en 1974, avant que ma vie de rockstar ne prenne une trop grosse envergure. Je devais cependant refaire mes cours. J'ai eu toutefois une grande surprise alors que je devais emprunter un livre à la bibliothèque, et que la dame derrière le comptoir m'a appris que j'avais 33 ans de retard sur le livre Comment achever une momie pharaonique de niveau supérieur en 10 étapes à l'aide d'un M60, un lance-flamme et un lance-grenade à six têtes. Les années s'étant accumulées, je devais maintenant 1 594 215$ à la bibliothèque de l'UQAM. J'ai réussi à payer le tout avec ma carte de débit de la caisse Desjardins. Avec cette somme, l'administration de l'UQAM a alors fondé le pavillon RR (Randy Roxx) et créa une seconde bibliothèque dans ce pavillon, une statue dorée de moi se situant à l'entrée. J'en étais très fier.

      Mon nom étant maintenant fait à l'université, j'ai réussi à m'intégrer aisément à la communauté étudiante, et rapidement d'en prendre le contrôle. Je suis de ce fait devenu un Jet Set, j'ai commencé à sortir dans les places branchées de la vieille, j'ai appris à danser. Et pour la première fois, j'ai pu passer une nuit avec une femme sans avoir besoin de la payer ou de la menacer. Bien qu'on me parlait que cet événement légendaire était possible, je croyais que ça n'arrivait que dans les grands films ou dans les légendes.

      Ayant repris confiance en moi, je me suis reconstruit un cercle d'amis aussi grand et intéressant que lorsque j'avais 23 ans. Ayant une expérience de vie supérieure aux autres étudiants, j'ai réussi à m'intégrer à l'élite intellectuelle de l'UQAM en me joignant à un groupe de journalistes qui écrivaient un webzine sensationnel du nom de Virus Latte... je n'ai jamais vraiment compris sur quoi ils écrivaient, ni leur concept, mais le rédacteur en chef fut grandement épaté par ma flamboyante expérience de vie et mon don sensationnel de narration que j'ai développée dès mon enfance, qu'il m'intégra à l'équipe avec une joie sans équivalent. Ce type a une admiration tellement grandiose pour mon talent d'écrivain, mon vocabulaire tendrement raffiné et ma perception si ingénieuse de la vie qu'il me complimente sans cesse... à un tel point que je crois que ce type est pédé.

      Bref, sans vouloir me départir de ma virilité, j'aime bien ces types. Un soir, après avoir lancé le premier numéro, nous sommes allés, les quatre écrivains ensemble festoyer dans un restaurant, plus que branché, du centre-ville. Mes parents, m'ayant fait don d'une grande sensibilité aux goûts culinaires depuis ma tendre enfance, j'ai décidé de commander un plat qui ferait bonne impression, j'ai ainsi choisi le canard chasseur arrosé au gingembre; très bon choix d'ailleurs. Malgré mon entregent irréprochable, j'ai quand même éprouvé une difficulté à discuter avec mes collègues lors de cette soirée. Louis, parlait sans cesse de religion, ces théories complexes et grandement développées m'ont fait comprendre que j'avais perdu le fil de l'actualité religieuse lors de mes voyages. Pour mon âme de rockeur, la religion n'est même pas en lien avec Dieu et le diable, comme le croyaient ces incultes de bourgeois que je fréquentais. La religion du rock, c'est le rock, et toute la magie qui en découle; les nuits éternelles où tous les sens sont stimulés à la fois par le rythme de la musique, l'éblouissement de la lumière, l'odeur de la fumée, le goût de l'alcool, et la peau tendre des femmes. Les théories de Louis me perdaient à un tel point que j'en avais vraiment marre de lui et de sa petite tronche de « je suis plus brillant que toi ». J'ai donc utilisé mes vieilles stratégies... j'ai subtilement intégré les 10 grammes de champignons magiques qu'il me restait dans sa crème de champignon. Le connard se l'est bouclé pour le reste de la soirée... il a sans doute maintenant compris ma perception de la religion.

      Quant à Sébastien, le rédacteur en chef, je me suis rapidement blasé de son arrogance et du mépris qu'il semblait accorder à tous... il avait été marabout depuis le début du souper. Ma stratégie ayant bien fonctionné sur mon autre collègue, j'ai détourné l'attention de Sébastien en lui pointant le joli derrière rond et serré de la demoiselle qui servait la table voisine pour intégrer trois pilules d'extasy dans sa nourriture. Après quelques instants, Sébastien était ébloui par l'énergie que moi et Pepito dégagions, il semblait ressentir la puissance d'une entité cosmique se dégager de nos âmes.

      Ensuite, l'euphorie de la pilule ayant atteint son plein potentiel, Sébastien était en extase grandissante face au derrière si mignon de la petite serveuse. Il a commencé à parler de son attirance extrême pour les femmes. Le sujet a bien évidemment débouché sur Sophie, l'ex-copine de Pépito... Sébastien en vibrait sur sa chaise!!! Et s'il a passé 40 minutes à la salle de bain, ce n'était point pour chier les deux hamburgers mexicains au fromage bleu qu'il avait si sauvagement dévoré lors de son état d'extase.

      Après m'être bien foutu de la tronche de mes nouveaux pots, je suis sorti dehors aller me fumer un joint avec Pépito, qui lui semble être un type équilibré, me rappelant un peu l'Ozzy Osbourne que j'avais eu la chance de connaître dans les années '70. Après avoir fumé notre pétard comme des experts en la matière, j'ai marché chez moi sous la douce pluie d'avril, prenant bien le soin de savourer cette soirée de ma vie où je m'étais tant amusé, où j'ai enfin senti ma jeunesse ressuscitée, où j'ai pu à nouveau sentir la puissance du Rock'n Roll se déchaîner dans mes veines. Cependant, un vide restait encore à combler. En arrivant chez moi j'ai appelé le service d'escorte Sexy Suzy just for you.

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