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Tuer c’est dur, mais ça devient facile. Lorsque ces enfouarés ont tué mon frère, je me suis dit que je les tuerais. Par le passé, je ne tuais pas, maintenant je tue beaucoup. Je me serais tué si mon frère ne m’avait pas dit : « Tues les! » « Je les tuerai pour toi », lui ais-je répondu approximativement. Tuer est un verbe qui ne se conjugue pas, il s’exécute. Je suis millionnaire.
J’étais à la pêche avec ma mère. C’était un beau dimanche ensoleillé. La pluie fracassait la toile que moi et mon frérot Hirohito utilisions pour nous protéger. Je me rappelle que ma mère avait pêché un bel espadon. Il nous regardait avec un regard impérial qui imposant le respect. Nous en étions arrivés à oublier notre peur, mon petit frère et moi, je fus alors saisi d’une d’extase mystique.
Moi et Bouddha, nous étions sur un arc en ciel, pourchassant frérot et l’espadon en riant. Bouddha me dit : « Terry, c’est un beau nom ça. » Je lui expliquai que ma mère était Gaspésienne, et mon père Japonais. Bouddha me dit : « Tu dois être un sacré bon gars! » Nous avons alors beaucoup ri. Il y avait aussi Hirohito qui s’amusait beaucoup, car il se faisait chatouiller par l’espadon. Après plusieurs minutes, nous étions épuisés. Nous nous sommes allongés, tous les quatre, en regardant les nuages. Bouddha me demanda pourquoi je semblais si songeur. Je lui ai répondu que je ne savais pas quel était le sens de la vie. L’espadon éclata d’un rire angélique : « C’est simple Terry, c’est d’avoir des amis, des frères ou des sœurs que l’on aime. » Je regardais l’espadon avec tendresse. Il s’approcha de moi. Nos regards se croisèrent. Je crois qu’il remarqua que j’ai rougi un peu. J’ai hésité, puis ma main se mit lentement vers la queue de l’espadon. Je l’entendis inspiré avec passion. Nos lèvres se touchèrent puis il me dit : « Chuuuut… » Il me mit le doigt sur les lèvres puis descendit sa bouche, me baisant tendrement les pectoraux musclés, le ventre, puis au moment où il s’apprêter à succionner mon sexe, j’entendis un énorme « SKLAAAARK ».
Ma mère venait de sectionner l’espadon. « Cheer up fagget », qu’elle me dit en bon Gaspésien. J’essayai alors du mieux que je pouvais de cacher mon érection, ma première érection. Mon frère cria : « Maman, maman, Terry a fait pipi dans son pantalon. » Je hurlai : « non, ce n’est pas vrai. »
Quand j’étais bébé, ma mère partait souvent travailler, alors que papa regardait la télé. Il aimait beaucoup Le juste prix. Chaque fois que mère me quittait, c’était comme si on m’annonçait au restaurant qu’ils ne servaient plus de coquille Saint-Jacques, passé onze heure. Pour me consoler, je lançais une bobine de fil à pêche en criant « Fort » (ce qui veut dire « loin » en allemand), puis lorsque je tirais la bobine vers moi, je hurlais « da » (ce qui veut dire « ici » en allemand). Par ces gestes, je contrôlais, une situation qui m’étais désagréable : c’est moi qui décidais du départ et du retour de ma mère. Je crois que c’est relié.
– Pas du tout, me répond mon psychanalyste. Vous avez tout simplement une déviation sexuelle qui vous pousse à désirer faire l’amour avec des poissons, devant des gens
– Il doit bien y avoir plus que ça… Vous ne pensez pas que Bouddha représente ma mère, une bouddhiste convaincue, et qu’en faisant une faveur à un poisson devant un symbole de sa foi opprimante, et devant mon frère (son chouchou), j’exprimais mon identité. Mère je la désirais pour moi seul : je me rebellais.
– Non, pas du tout.
– Mais voyons, docteur, je ne ressens aucune attirance pour les poissons…
– Je parie que vous en avez sur vous en ce moment.
– … Ouais, mais ça n’a aucun rapport…
– En êtes-vous bien certain?
– Je crois que c’est plutôt en lien avec une compulsion de répétition.
– Avez-vous un doctorat en psychanalyse et en psychiatrie?
– Non.
– Alors, fermez votre gueule. Vous aimez les poissons, c’est tout.
– Attendez, un détail me revient… C’est mère qui meurt, dans l’eau…
– Comme un ours?
– Non… comme un poisson.
– Un poisson sait nager, Terry.
– Puisque je vous dis que je suis oedipien, acceptez-le, nom de Dieu.
– D’accord, d’accord. Continuez…
– Donc mère meurt et elle me dit : « Terry, protège ton frère… »
– Ah… Vous avez échoué. Je vais vous prescrire des pilules.
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