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Il y a des moments dans une vie, même dans la mienne, où il semble nécessaire de tout remettre en question, à commencer par soi-même. J’ai toujours eu confiance en la force de mon caractère, mais il vient un point où l’on ne peut plus endurer stoïquement de s’aliéner son entourage, en plus de se faire cracher au visage par des lecteurs dans la rue. J’ai donc cherché à entrer en contact avec moi-même. J’ai essayé de nier tous les aspects de ma personnalité que je croyais immuable, essentiels.
Ainsi, j’ai commencé par lire le premier numéro de Virus Latte. J’ai immédiatement compris le problème! J’aurais évidemment dû le lire avant de le publier, mais honnêtement, mon emploi du temps était plutôt chargé, jusqu’à ce que le Toys’R Us me congédie sans soldes pour m’être battu avec un énorme gaillard de neuf ans – ce petit con insinuait que Superman ne reflétait pas les véritables valeurs de l’Amérique. J’ai donc compris très vite que le problème est que j’ai pollué l’espace cybernétique en publiant des auteurs médiocres. Je croyais pourtant que l’immense valeur artistique et littéraire de mes articles équilibrerait la balance, mais il semble bien, à en juger par les réactions dégoûtées des gens dans la rue, que non.
J’en ai longuement discuté avec mon psychologue, et nous avons conclu que je devrais me taire à propos de la médiocrité de mes collègues. Il m’a fait un long discours à propos du fait qu’il croyait dur comme fer que derrière chaque défaut se cachait une qualité d’intensité égale. De la sorte, il m’a expliqué que mes assistants, n’étant pas bons à écrire ou à être intéressants, devaient certainement avoir des super talents, tellement leurs articles sont médiocres. Ainsi, ils ne sauront jamais, ce que je pense de leurs articles.
Bref, j’ai donc rencontré Louis-Philippe afin de découvrir son talent. Je dois admettre qu’il a sublime charisme, en plus d’un exceptionnel talent pour découvrir ce qui ne va pas chez les gens. Apparemment, mon taux de SÉXE est tout simplement débalancé, c’est pour cela que je suis malheureux. Il m’a donc demandé de relire son article et de suivre les étapes qu’il a exposées. Cependant, rendu à mon septième repas au casino, j’ai rapidement saisi que sa méthode n’avait aucun fondement. Ainsi, son charisme est encore plus énorme que je le croyais, puisque cela me semble être sa seule qualité… Selon mes calculs, en me basant sur l’addition de ses défauts, son charme doit mesurer au moins trois fois la taille du Texas… C’est une fois et demi la taille de Dieu!!!
Donc, j’étais désillusionné au moment où nous nous sommes assis à table, afin d’amorcer notre réunion. Je me suis donc enfilé quelques verres de vodka en apéritif afin que ma honte disparaisse devant ces idiots. Ainsi, la soirée a débuté alors que Louis-Philippe créait un effet spectaculaire avec une chandelle alors qu’il déblatérait en latin. Je n’ai rien commandé à manger, car mon estomac ne tolérait pas le mélange de vodka, de bière et de peach schnaps. Pierre-Philippe s’est commandé un filet de saumon avec de la salade nature, alors que Randy et Louis-Philippe ont opté pour le duo hamburger et poutine.
J’ai décidé d’écarter la religion de ma réflexion, c’est pourquoi j’ai totalement oublié la présence de Louis-Philippe. J’avais donc Pierre-Philippe, mon ancien meilleur ami, à ma gauche, et Randy, l’homme que je méprisais le plus au monde, à ma droite. J’ai tout de suite remarqué les petits caprices de Pierre-Philippe : être propre, ne pas roter en public, manger santé. Il n’était pourtant pas comme ça dans le passé. Randy, au contraire, était bruyant, sal, saoul… Bref, les messages que leurs corps semblaient dégager était opposés : Pierre-Philippe émanait le snobisme; Randy, la grâce masculine. Je n’avais pas remarqué la subtilité des tons des émanations de Randy auparavant, tant j’étais convaincu qu’il n’était qu’un sale cochon communiste. J’étais en face d’une dichotomie sémantique prononcée : après une brève analyse du contenu du discours Pierre-Philippien, je me suis rendu compte qu’il n’était question que de régénération; alors que le discours Randysien en est un de destruction.
J’ai ensuite été ébloui devant la réalité. Il y avait devant moi bien plus que deux êtres humains (c'est-à-dire une entité qui se situe quelque part sur l’axe droite-gauche), il y avait autre chose… J’ai eu beaucoup de difficulté à comprendre les forces en jeu… J’ai, jusqu’à récemment, apprécié Pierre-Philippe car il était, comme moi, un bon petit bourgeois, alors que je méprisais Randy qui n’était qu’une merde de prolétaire. Voilà donc, la réalité était plus complexe. Il était donc maintenant question d’attitude face à une situation, plutôt que de rang social. J’ai donc pris quelques instants pour écouter les propos de ce roturier de Randy, et ce que j’ai compris c’est l’existence d’une économie d’équivalence. Certes, il n’a pas parlé de cela, je l’ai moi-même compris à partir des propos insensés de ce grossier personnage. Alors, Pierre-Philippe accepte cette économie d’équivalence. À la seconde où j’ai compris cela, j’ai compris la raison de ma récente haine envers lui. J’y reviendrai. Ainsi, Pierre-Philippe, travail afin d’avoir un peu d’argent et du temps libre pour refaire ses forces, afin de travailler. Son temps libre appartient à son employeur. Randy, lui, a l’attitude inverse : il se saoule la gueule comme un chien, de sorte qu’il travaille comme une merde. C’est un acte symbolique, une rébellion. Je ressens en moi les frissons de l’anarchisme, après tout, je ne suis riche que de rang social, alors que je n’ai pas d’argent en poche. Mon attirance pour le capitalisme me semble maintenant absurde. Vive l’anarchisme!
Avant de mettre cet article de côté pour aller fonder une association anarchique, je vais parler de Pierre-Philippe et de Michèle, sa nouvelle blonde. Certes, Sophie était une conne, et elle a déclenché cette attitude de petit chien obéissant qu’arbore fièrement Pierre-Philippe. Cependant, elle l’a fait involontairement. Si je la compare à Michèle, je dois admettre que je me suis peut-être trompé. Michèle est méprisable au plus haut point, et à moins qu’elle périsse, Pierre-Philippe est damné. Cette connasse exerce son métier jusque dans ses relations : elle est marionnettiste pour enfants. De plus en plus, Pierre-Philippe manque les réunions pour aller à ses pratiques de judo en couple. Cette grosse garce virile s’amuse à briser ce pauvre Pierre-Philippe fragile. De plus, à quoi cela sert d’être grosse si l’on n’est pas en mesure d’avoir d’enfant? Une grosse femme n’est pas qu’un objet de désir, c’est supposé être une maman en devenir. Cette Sophie était svelte, certes, mais elle avait tout de même un taux d’ovulation décent. De quoi faire des bébés, pas super forts, mais des bébés quand même. Mais bon, laissons les bébés de côtés, je suis anarchiste maintenant. Je peux alors lever mon masque et admettre à quel point je désire Sophie. Elle avait un si beau petit cul, hmmm… J’aimerais la prendre dans mes bras et lui faire l’amour tendrement, ou même bestialement… Mon désir pour elle ne s’est pas éteint. J’aurais dû accepter son invitation vers les toilettes du bar, alors que Pierre-Philippe jouait au pool. Quel corps. Même après les récents événements qui ont secoué sa vie, je la prendrais si elle était devant moi. Même en public, même devant Pierre-Philippe.
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